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Atlantide, Les Mots du Monde à Nantes

Festival

quoi

6e édition du festival des littératures.

QUAND
jeudi 15 février 2018 à 18h
vendredi 16 février 2018 à 18h
samedi 17 février 2018 à 14h
dimanche 18 février 2018 à 14h
OU
le lieu unique, quai Ferdinand-Favre, Nantes
COMBIEN
Gratuit
SITE

Interview

Atlantide, Les Mots du Monde à Nantes

jeudi 15 février 2018 à 18h
vendredi 16 février 2018 à 18h
samedi 17 février 2018 à 14h
dimanche 18 février 2018 à 14h
Alain Mabanckou

Après Alberto Manguel, c’est l’écrivain d’origine africaine Alain Mabanckou qui reprend le flambeau à la direction artistique d’Atlantide - Les mots du monde à Nantes. L’écrivain entend affirmer l’impulsion internationale du festival des littératures.

Quel est le poids de la littérature africaine dans les mots du monde ?

Le poids de la littérature africaine est là par la présence de la nouvelle génération. Il faut donner à entendre les nouvelles voix qui viennent des pays francophones et les autres. Wilfried N’Sondé du Congo-Brazzaville, Marc Alexandre Oho Bambe dit Capitaine Alexandre du Cameroun, Helon Habila et Chinelo Okparanta du Nigeria, Nii Ayikwei Parkes du Ghana… Ça me semble très important que l’Afrique soit à Nantes. Par le biais des échanges, c’est à nous maintenant de voir comment nous pouvons intégrer les voix des écrivains africains dans les discours du monde.

 

Y a-t-il, à vos yeux, une littérature française et une littérature francophone ?

C’est contre ça que je me bats. Je ne voudrais pas qu’il y ait une séparation. La littérature qui se définit comme française est suffisante, arrogante. Non, cette littérature écrite en français est une littérature d’expression française ! Nous serions toujours dans une expression coloniale si on les séparait. C’est ça qui justifie le festival Atlantide. La langue ne nous sert qu’à exprimer notre univers. Il s’agit de rattraper la part d’humanisme que nous avons perdue à force de vouloir trop séparer les choses.

 

Qu’avez-vous à dire à la jeunesse du XXIe siècle ?

Ce que j’ai à dire à la jeunesse, c’est qu’il faut garder allumée la flamme de la curiosité. Nous ne devons pas être définis par notre couleur de peau mais par notre capacité à rencontrer et la possibilité de nous retrouver. Je viens d’un pays de dictature où la jeunesse n’a pas la parole, alors je dis aux jeunes qu’il faut respecter ceux qui ne sont pas de leur avis car c’est aussi ça la démocratie.

 

La littérature est un échange, peut-on rester optimiste dans un monde où la règle semble être le repli sur soi ?

Il faut rester optimiste. L’instinct de la déstabilisation du monde ne date pas d’aujourd’hui. Il faut rester optimiste car la littérature nous permet d’avoir une arme miraculeuse comme le disait Aimé Césaire. Et ce pouvoir, on ne peut pas nous l’arracher.

 

Quelles orientations donnerez-vous au festival nantais ?

Il s’agit de poursuivre sur la lancée d’Alberto Manguel, de donner ma petite touche de décloisonnement des frontières et faire que Nantes devienne la nouvelle capitale des littératures. La tour de Babel des littératures où tout le monde se comprend car le langage et la générosité sont là. Je tiens à dire que c’est exceptionnel qu’un grand festival français de littérature soit dirigé par un Africain. 

 

Que gardez-vous de vos études de droit et premières expériences professionnelles dans ce domaine ?

Je garde la rigueur, la capacité à organiser un discours. Ce qui permet par exemple de composer un programme d’Atlantide, de réfléchir aux thématiques et avoir cette discipline intellectuelle. Le droit recherche la justice et l’équité. Dans la littérature, il y a aussi cette quête.

 

J’ai envie de vous demander où vous vous situez. Vous avez seulement deux pieds mais un en Afrique, l’autre aux États-Unis et un troisième en Europe…

Trois pieds, c’est bien. En Afrique, c’est ce qui permettait de poser la marmite sur le feu. Le quatrième, ça serait une assise et le cinquième, une arme pour bien m’établir dans mon monde. J’aime dialoguer et naviguer entre les continents. Ce qu’il faut, c’est avoir la capacité de digérer la culture des autres tout en gardant la sienne.

 

 

Vous enseignez à Los Angeles. N’est-il pas plus facile d’être Noir parmi les Blancs en Californie qu’en France ?

Oui, je pense qu’il est plus facile d’être Noir aux USA malgré tout ce qu’on montre à la télévision sur les exactions. Quand je suis entré au Collège de France, ça a défrayé la chronique comme si j’avais marché sur la lune. Les USA sont l’endroit où je peux m’épanouir. Il y a toute une histoire de race, un combat qu’on doit respecter. Or ce combat n’a jamais été valorisé en France. L’Histoire de France ne prend pas en compte la part noire. Je dis souvent qu’elle est cousue de fils noirs. 

 

Comment définissez-vous votre littérature ?

Je la définis comme une littérature de pèlerinage. Elles permet à la fois de voyager vers des endroits qui ne sont pas forcément ceux que l’on rencontre : ma ville (Pointe-Noire), mon pays (le Congo-Brazzaville), la France, les questions d’aujourd’hui, la démocratie et la capacité à inventer le vivre ensemble. Mais c’est aussi une littérature de l’introspection de l’intime, l’intime comme réponse à notre enfermement d’aujourd’hui. En me définissant, je définis également l’autre.

 

Lorsqu’on vous voit, on est frappé par votre style et la couleur de vos vêtements, quel sens y donnez-vous ?

Je ne recherche pas le look pour le look. Cependant, lorsque vous voulez trouver comment votre corps veut s’exprimer de manière stylistique, vous gardez simplement ce qui vous est propre. En Afrique, mes parents m’ont appris que quand tu sors, il faut toujours être propre car c’est ce qu’on juge en premier. L’intérieur, ça vient après.

 

Quelques mots sur le programme d’Atlantide Les Mots du monde à Nantes 2018 ?

C’est un programme très ouvert sur les questions actuelles, les questions de l’Histoire, de l’imaginaire, du droit, de l’expression. Bref, les questions qui me taraudent. On y découvrira des voix inattendues. Et c’est l’essentiel. 

 Interview Patrick Thibault pour le magazine Kostar

Les bonnes questions d’Atlantide

Le monde se retrouve à Nantes pour le festival des littératures. Avec 50 auteurs d’une vingtaine de pays, c’est le rendez-vous d’une littérature engagée et en prise avec le réel. Entre politique et poétique, Alain Mabanckou, nouveau directeur artistique parie sur les jeunes plumes et joue plus que jamais la carte du débat.

1. Le monde comme il va.
C’est la grande thématique d’Atlantide qui vise à raconter les turbulences de notre époque. “Les invités sont bien placés pour en parler, ils en ont été les témoins et respirent le monde”, insiste Alain Mabanckou. On retrouve Santiago Gamboa, journaliste et écrivain colombien, Olivier Rogez, grand reporter, et le Franco-Algérien Yahia Belaskri. Ensemble, ils animent une conversation à trois, Raconter les turbulences de notre époque (lieu unique, vendredi 16 à 14h). Kim Thúi, qui a dû quitter le Vietnam comme boat people (vendredi 16 à 13h30), l’animateur de radio Soro Solo, menacé de mort, Jean-Marie Blas de Roblès ou Wilfried N’Sondé. Dimanche 18 à 14h, ils se réunissent autour de la thématique Quand le roman revisite l’Histoire.

2. Comment la langue d’écriture peut aussi être la langue de rupture ?
Il s’agit ici de voir comment cette langue construit notre rapport au monde. La langue d’écriture étant maternelle, paternelle ou imposée par la colonisation. Conversation entre Andréas Becker, Kaoutar Harchi, Maryam Madjidi et Pia Petersen, samedi 17 à 18h. On voit aussi comment écrire ou pas dans sa langue d’origine peut être un choix avec la conversation entre Andréas Becker, Miguel Bonnefoy et Maryam Madjidi intitulée Je n’écris pas dans ma langue d’origine et alors ?, dimanche 18 à 15h. Le thème est abordé d’un point de vue plus sociologique et parfois aussi plus intimiste pour L’enfance est le pays d’où vient mon écriture (samedi 17 à 15h) ou Secrets de famille, histoires universelles avec Kim Thúi, Sofi Oksanen et Philippe Jaenada, dimanche 18 à 12h.

3. Le rapport de l’état du monde à la littérature.
Vaste question qui alimente plusieurs table rondes. Avec le Français Charles Dantzig, l’Haïtien Rodney Saint-Éloi et l’Israëlien Ronny Someck pour une conversation sur la poésie aujourd’hui (samedi 17 à 17h). Éditer et diffuser le monde francophone (samedi 17 à 11h). Leye Adenle, Helon Habila et Chinelo Okparanta, trois écrivains nigériens, posent la question du monde selon les voix anglophones (samedi 17 à 13h) afin de voir ce qu’ils pensent de nous à l’heure des débats sur la virgule et l’écriture inclusive. On évoque aussi L’Amérique au secours de la Francophonie avec Dominic Thomas et Abdourahman A. Waberi (samedi 17 à 15h).

4. L’Afrique Monde.
Alain Mabanckou a naturellement invité de nombreux écrivains africains : Chinelo Okparanta, porte parole de la génération homosexuelle, Ali Zamir, Leye Adenle, Nii Aykwei Parkes, Felwine Sarr, Helon Abila, Kidi Bebey, Lucy Mushita, Capitaine Alexandre… Ils discutent Afro-féminisme, Afro-descendance, Afropéanisme, Afro-futurisme (vendredi 16 à 14h30) ; Villes africaines : nouveaux espaces de thrillers et de polars ? (samedi 17 à 11h) ; Écrire l’Afrique-Monde (samedi 17 à 12h) ; L’Afrique en trio (samedi 17 à 13h) ; Slamer le monde qui vient (samedi 17 à 18h).

Patrick Thibault
L'avis de la rédaction

Atlantide, Les Mots du Monde à Nantes

jeudi 15 février 2018 à 18h
vendredi 16 février 2018 à 18h
samedi 17 février 2018 à 14h
dimanche 18 février 2018 à 14h
Trouver les mots

Au lendemain de la Saint-Valentin, on passera des mots d’amour aux mots du monde. Cette sixième édition du festival des littératures de Nantes est la première pilotée par Alain Mabanckou. Le romancier-poète-essayiste devrait pousser encore plus loin le festival du côté de la littérature monde. De Marion Achard à Alice Zeniter, on croisera aussi Oho Bambe dit Capitaine Alexandre, Jean-Marie Blas de Roblès, Santiago Gamboa, Helon Habila, Lola Lafon, Véronique Ovaldé, Rodney Saint-Éloi, Kim Thuy ou Antoine Volodine. Débats, rencontres, lectures, leçons de cuisine… On réserve sa fin de semaine.

P.T.
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