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Rencontre

Rencontre avec Jean-Baptiste Andrea

Rencontre avec Jean-Baptiste Andrea Rencontre

Rencontre dans le cadre du festival Atlantide. Avec son quatrième roman, "Veiller sur elle" paru en 2023, le réalisateur, scénariste et écrivain français, Jean-Baptiste Andrea est récompensé par le Prix du roman FNAC et le Prix Goncourt.

Calendrier Dates :
  • Samedi 17 Février 2024 à 11h00
Localisation Lieu : Médiathèque Luce-Courville, 1, rue Eugène Thomas
44000 Nantes
Prix : Gratuit
Téléphone Tél : 02 40 41 53 50
Site web Site : bm.nantes.fr
L'interview

L'interview

Interview Jean-Baptiste Andréa

Prix Goncourt en novembre 2023, Jean-Baptiste Andréa nous plonge dans les heures sombres de l’Italie fasciste. Une fresque romanesque en quête de lumière et de liberté. Le portrait de Viola et Mimo, deux personnages inoubliables pour un roman populaire couronné de succès. Rencontre.

" Le privilège d’être romancier, c’est la liberté absolue. Je ne veux renoncer à rien. "

Comment vivez-vous l’après Goncourt ?
Plutôt bien. Ça n’a pas changé grand-chose en terme de rythme si ce n’est la reconnaissance. La beauté de ce prix et ce qu’il représente, ça m’a beaucoup ému. Il m’a fallu deux bonnes semaines pour m’en remettre et arrêter d’avoir les larmes aux yeux dès qu’on en parlait. Le Goncourt est un séisme mais, maintenant, je me sens plus les pieds sur la terre ferme.
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Comment garder la tête froide après un tel séisme ?
C’est facile : on regarde la liste de ceux qui l’ont eu et là, on s’écrase et on ne la ramène pas. Si ça n’est pas le cas, c’est qu’on a vraiment une très grosse tête. À 52 ans, on a l’impression que c’est rapide car ça n’est que mon quatrième roman mais j’ai fait 5 longs métrages. J’ai connu des hauts très hauts mais aussi des bas très bas. La vie artistique se gère aussi émotionnellement et il faut savoir garder la tête froide.
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Votre Goncourt préféré ?
Pour répondre sérieusement, il faudrait que je les ai tous lus. Je vais citer Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé, sublime. Quand je l’ai découvert, je me suis dit qu’on peut être dans le romanesque en France. Et Mohamed Mbougar Sarr, d’une beauté et d’une intelligence rares, sublime, brillant. C’est un jeu littéraire et ça parle de liberté, de la condition d’écrivain. Ça renvoie à Borges, Eco, des auteurs dont j’aime la truculence intellectuelle.
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Vous avez dit romanesque et là, on peut dire que vous savez faire…
Je trouve amusant que ce mot-là soit autant employé depuis la rentrée. Quand le roman a-t-il cessé d’être romanesque ? Romanesque, ça veut juste dire que c’est du roman.
Même l’autofiction sera romanesque car elle donnera aux lecteurs l’impression d’avoir voyagé à travers un destin. Le but, c’est toujours d’écrire des histoires qui parlent à tout le monde. C’est ça un bon roman. Un mauvais, c’est parler d’une histoire qui n’a aucun intérêt ou qui n’atteint pas le romanesque.
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Mais vous avez bien compris que certaines critiques vous reprochent d’être populaire…
Tous les grands romans des auteurs que j’adore sont populaires. Si on lit Hugo, Le Grand Meaulnes, Giono, c’est pas populaire ? Certains ont utilisé ça pour m’égratigner. Ça fait partie du fait d’avoir le Goncourt mais ça m’ennuie cette mise en compétition. L’opposé de populaire, c’est impopulaire ? S’il faut donc être impopulaire, on atteint des impasses d’absurdité totale.
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Justement, avez-vous l’écriture facile ou laborieuse ?
Laborieuse ! Il faut que j’attende qu’une idée vienne me visiter. Je travaille beaucoup sur la structure. Je suis même un défenseur de l’idée qu’il faut construire avant d’écrire. C’est long et compliqué car je dois épuiser toutes les versions possibles de l’histoire avant de n’en garder qu’une. Je commence à prendre du plaisir uniquement au début de l’écriture. Je me suis maudit plus d’une fois d’être devenu écrivain parce que ça ne devient jamais plus facile.
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Quand on regarde votre parcours de réalisateur pour le cinéma et celui d’écrivain, on a l’impression de ne pas parler à la même personne…
Je pense que c’est vrai ! Déjà, j’étais une personne de 30 ans de moins. Quand je faisais du cinéma, j’étais tout le temps obligé de calculer pour rentrer dans des cases. J’ai fait un film d’horreur pour maximiser mes chances d’être produit. Après 20 ans de cinéma, j’ai considéré que je m’éloignais trop de la personne que je suis. Je me suis dit : écris quelque chose qui te ressemble !
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Et vous ne souhaitez pas adapter vos œuvres au cinéma…
Je n’ai pas envie. Je pense qu’il y a des gens plus doués que moi. Ça serait le plus mauvais choix car l’auteur n’est pas la meilleure personne pour s’adapter. Il faut se trahir soi-même ! Éventuellement, je veux bien réaliser des épisodes de séries TV car j’aime l’ambiance du plateau mais pas plus.
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En dehors de vos origines, d’où vient cette envie de parler de l’Italie qui est souvent une difficulté pour un romancier ?
Si vous voulez dire que c’est un territoire difficile, c’est possible. L’idée de ce roman, c’est cette statue mystérieuse cachée par le Vatican. Ce point de départ est la clé du mystère. Tout m’est venu d’un coup. Je regardais un film de Sorrentino, je pensais sculpture donc Pieta, l’Italie était là. Je me suis demandé si j’avais le droit d’écrire sur l’Italie n’étant pas italien. J’ai ignoré. Le privilège d’être romancier, c’est la liberté absolue. Je ne veux renoncer à rien.
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Votre roman ne contient-il pas trop de choses ?
Vous voyez bien comme je suis en interview. Je parle vite. J’ai 10 000 trucs à la seconde qui traversent ma tête. C’est juste une représentation de mon centre intérieur. Je suis un hypersensible. C’est un déferlement émotionnel permanent. Ça reflète ce que je suis et ma vision du monde, avec des joies immenses et de petites tragédies. C’est naturel pour moi, donc pas compliqué. Je dois juste mettre un ordre narratif. Il a fallu 10 mois entre l’idée originale et la première ligne. C’est un mélange de gros travail et d’instinct qui doit donner l’impression de facilité.
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Vous rappelez que le fascisme n’est jamais loin mais est-ce un livre d’espoir ?
Tous mes livres sont des livres d’espoir. Si je parle de noirceur, c’est pour donner de l’espoir. On subit un discours sur le monde et où il va. On nous dit qu’on n’a jamais vécu dans un monde aussi horrible. On est surexposé par l’information qui ne se nourrit que de ça. Par fascination, les gens sont plus attirés par les mauvaises nouvelles. Mais en réalité, il y a beaucoup moins de mauvaises nouvelles qu’avant, moins de morts, moins de guerres, moins d’épidémies, moins de mortalité infantile… Nous avons un rapport à la mort qui a changé. La noirceur existe et existera mais, à chaque période sombre, succède une période d’illumination. On fait deux pas en avant, un pas en arrière. On en sort éclairé.
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Pour conclure, est-ce qu’on parle d’amour ou de liberté ?
De liberté. C’est le sujet de ce livre comme de tous mes livres. Ce sont des romans sur des héros qui conquièrent leur liberté. Des gens normaux, banals, qui ont des vies qu’ils n’aiment pas. Je demande souvent de classer sa vie entre 1 et 10 et on me répond souvent 5-6. La liberté, c’est reconquérir son destin, prendre en main la personne qu’on est vraiment. Reprendre là où on s’est vu être et où on n’est pas allé. Si on va mieux personnellement, la société va mieux aussi. C’est ce que mes personnages cherchent et ça n’est pas un truc de développement personnel.



Propos recueillis par Patrick Thibault
Crédit photos : © Céline Nieszawer / Leextra / Editions L’Iconoclaste
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